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03/11/2006

la double détente du poisson halieutique

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La pêche représente une « double menace » pour les ressources halieutiques
Selon une étude, les poissons pêchés commercialement sont plus vulnérables aux changements environnementaux

Une équipe internationale de chercheurs a montré que la pêche commerciale érode la capacité des espèces à se protéger face aux variations environnementales comme El Niño, représentant ainsi une « double menace » car les ressources halieutiques sont diminuées par la pêche même, mais également par leur vulnérabilité face à des menaces autres que la pêche.

Des études réalisées sur une cinquantaine d'années sur des larves de poissons, et entamées au large de la Californie au moment où les réserves locales de sardines s'effondrèrent dans les années 1940, furent cruciales dans cette recherche. Elles apportèrent les données qui corroborent la recherche et permettent de prouver que la pêche réduit la résilience d'une espèce au-delà même du simple retrait d'un poisson individuel au sein d'une population donnée. Les résultats de la recherche suggèrent que la pêche doit être contrôlée afin de préserver la biomasse totale et la pyramide des âges d'une population.

L'étude, publiée dans le numéro du 19 octobre du journal « Nature », fut réalisée par des scientifiques de l'Institut de l'océanographie Scripps à l'université de Californie à San Diego ; du Centre Southwest des sciences de la pêche au sein du Service national de la pêche maritime ; de l'Imperial College à Londres, et de l'université d'Oxford.

Les fonds nécessaires à cette recherche furent apportés par la Fondation nationale des sciences (NSF), le Service national de la pêche maritime de l'Administration nationale des études océaniques et atmosphériques (NOAA), le « Complexity Studies Fund » de la Deutsche Bank et le Sugihara Family Trust.

Selon la NSF, les scientifiques ont tenté de répondre à un vieux débat relatif à l'impact de la pêche commerciale sur les espèces de poissons ciblées et à la contribution relative de la pêche et d'autres facteurs environnementaux à la diminution d'espèces commercialement importantes constatée depuis quelques décennies.

L'étude a montré que l'exploitation de la pêche entraîne non seulement une baisse des ressources halieutiques mais amplifie également la variabilité naturelle des populations et augmente le risque d'effondrement des pêcheries.

« Nous avons constaté que la variabilité des populations ciblées était beaucoup plus élevée, ce qui signifie que la pêche tend à amplifier les pics et les creux des populations », explique George Sugihara, coauteur de l'article et océanographe à Scripps. « La pêche peut potentiellement conduire non seulement à une baisse des niveaux des ressources mais peut également entraîner des variations plus importantes des populations dans le temps. Ceci augmente le risque d'effondrement des pêcheries à un degré plus important que nous ne l'avions jamais imaginé»

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Afin de différencier les effets qui étaient liés à la pêche et ceux qui ne l'étaient pas, les chercheurs ont analysé les espèces exploitées et non exploitées vivant dans le même environnement. La comparaison ne peut certes être établie avec les données des pêcheries traditionnelles qui reposent sur les « prises » car il n'existe pas de données sur les espèces non pêchées. Toutefois, une comparaison peut être effectuée avec les données des abondances de larves dans les espèces pêchées et non pêchées en utilisant l'abondance de larves comme indicateur de l'abondance adulte.

Selon les scientifiques, les populations pêchées connaissent des variations extrêmes plus importantes car la pêche élimine sélectivement les poissons les plus gros et les plus âgés, ceux qui sont justement plus à même de faire face aux variations de l'environnement. Ces poissons sont également dans leur phase reproductive la plus active. Au sein d'une population pêchée, la taille et l'âge moyens des poissons diminuent et le stock restant composé d'individus plus jeunes est moins en mesure de résister aux pressions de l'environnement.

« Cela suggère que les pêcheries doivent être contrôlées non seulement pour préserver un groupe cible ou le niveau de la biomasse totale mais aussi pour conserver la pyramide des âges au sein d'un groupe », explique George Sugihara. Étant donné que les fluctuations identifiées précèdent les déclins systématiques des populations, elles pourraient être utilisées comme signal de détection précoce d'un effondrement.

Pour Philip Taylor, directeur du Programme d'océanographie biologique à la NSF, l'étude montre « l'importance cruciale de la recherche environnementale à long terme dans les océans ».

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