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10/11/2006

La disparition de certaines espèces marines met l'humanité en danger

e.kiosk de martingrall le 10 11 2006 -

L'accélération de la disparition de certaines espèces marines met l'humanité en danger

La pêche commerciale pourrait s'effondrer d'ici à 2050, affirment certains scientifiques

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Par Cheryl Pellerin

Washington - Lors de travaux financés par la Fondation nationale des sciences des États-Unis (NSF), un groupe international d'écologistes et d'économistes a découvert que la diminution de la biodiversité entravait gravement l'aptitude des écosystèmes océaniques à produire des aliments pour l'homme, à résister aux maladies, à filtrer des produits polluants et à se rétablir suite à des traumatismes engendrés, par exemple, par la surpêche et le changement climatique.

Cette étude, publiée par le journal Science, démontre que chaque espèce disparue entraîne une destruction plus rapide de l'écosystème, tandis que chaque espèce préservée ajoute à la productivité et à la stabilité de l'écosystème et à sa capacité de résistance au stress.

L'impact de la disparition d'espèces va bien au-delà de la diminution des aliments d'origine marine. La santé humaine risque d'être affectée lorsque les écosystèmes côtiers affectés deviennent plus vulnérables aux envahissements de certaines espèces, aux flambées de maladies et aux éclosions d'algues nocives, a déclaré la NSF dans un communiqué du 2
novembre dernier.

« Que l'on examine les cuvettes de marée ou l'océan dans son ensemble, nous constatons les mêmes réalités », affirme le principal auteur de l'étude, M. Boris Worm, de l'université Dalhousie au Canada. « Lorsque des espèces sont anéanties, la productivité et la stabilité d'écosystèmes entiers disparaissent. J'ai été choqué et troublé par la constance de ces tendances - qui est bien plus marquée que tout ce que nous avions imaginé. »

Les données montrent que les écosystèmes marins disposent encore d'une énorme capacité de rétablissement, mais les tendances mondiales actuelles vont dans le sens d'un effondrement - d'ici à 2050 - de toutes les espèces sauvages actuellement pêchées pour les besoins de l'alimentation (on considère qu'il y a effondrement lorsque 90 % des espèces ont disparu).

Ces effondrements s'accélèrent aussi en raison du déclin de l'état de santé général des écosystèmes, puisque les poissons ont besoin d'eau propre, d'aliments et d'habitats diversifiés, eux-mêmes liés à des systèmes d'une plus grande diversité.

« Les données nous montrent qu'il n'est pas trop tard », dit M. Worm. « Nous pouvons encore inverser la situation. Mais dans le monde actuel, moins de 1 % de l'océan seulement est véritablement protégé. Nous ne verrons pas de rétablissement complet en un an, mais dans de nombreux cas, certaines espèces se repeuplent plus rapidement que prévu - parfois en trois, cinq ou dix ans. Et des avantages économiques immédiats sont constatés partout où
cela se produit. »

Tendances mondiales

Cette analyse sur quatre ans est la première à examiner l'ensemble des données recueillies sur les espèces marines et les écosystèmes : elle fait la synthèse d'ensembles de données historiques et expérimentales ainsi que d'observations recueillies, l'objectif étant d'aider les scientifiques à comprendre l'importance de la biodiversité à l'échelle mondiale.

Les résultats révèlent des tendances mondiales allant dans le sens de ce que les scientifiques ont observé à une échelle plus réduite et ils prouvent que la perte progressive de la biodiversité entrave l'aptitude de l'océan à nourrir des populations humaines toujours plus nombreuses et sabote la stabilité des environnements marins et leur faculté de
rétablissement suite à des agressions.

« À moins de changer fondamentalement la façon dont nous gérons l'ensemble des espèces marines vivantes, qui forment des écosystèmes », affirme M. Steve Palumbi, l'un des coauteurs de l'étude, de l'université Stanford en Californie, « ce siècle sera le dernier à connaître les fruits de mer et les poissons à l'état sauvage ».

De nombreuses activités économiques sur les côtes s'appuient sur divers systèmes et sur des eaux saines.

« L'océan a une formidable capacité de recyclage », dit M. Palumbi. « Il prend des déchets et les recycle en nutriments, il élimine les toxines de l'eau, produit des aliments et transforme le dioxyde de carbone en aliments et en oxygène. »

« Pour assurer ces fonctions, l'océan a besoin que soient préservés les millions de plantes et d'animaux qui habitent en milieu marin », poursuit-il.

Un déclin accéléré

L'étude a analysé 32 expériences contrôlées, des études d'observations provenant de 48 zones marines protégées et des données relatives aux pêches mondiales provenant de la base de données de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) qui répertorie des données sur les poissons et les invertébrés du monde de 1950 à 2003.

Les scientifiques ont aussi étudié l'évolution de 12 régions côtières sur mille ans, à partir de données d'archives, de registres de pêche, de carottes de sédiments et de données archéologiques.

« Nous constatons un déclin accéléré des espèces côtières au cours des mille dernières années, ce qui amoindrit le rôle de filtre biologique et d'habitat d'espèces naissantes de l'océan et réduit le nombre de zones de pêche saines », déclare Mme Heike Lotze, co-auteur, de l'université Dalhousie.

L'étude de zones protégées dans le monde montre que le rétablissement de la biodiversité multiplie par quatre la productivité (pour ce qui est du nombre de poissons et de fruits de mer pêchés à chaque tentative) et qu'elle rend les écosystèmes moins sensibles - de 21 % en moyenne – aux fluctuations, qu'elles soient environnementales ou provoquées par l'homme.

« Il ne s'agit pas d'une projection, cette réalité existe déjà », affirme M. Nicolas Beaumont, l'un des coauteurs de l'étude, et qui est économiste et écologiste au Laboratoire marin de Plymouth, au Royaume-Uni. Si la biodiversité poursuit son recul, l'environnement marin ne pourra pas continuer à nous nourrir comme il le fait à présent. En fait, il risque de ne plus pouvoir nous nourrir du tout. »

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