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16/12/2006

La lutte contre la traite des personnes rencontre certains succès

La lutte contre la traite des personnes rencontre certains succès
Il reste cependant beaucoup à faire, estime un haut responsable du département d'État

Par Jane Morse
N-Y - Le monde du XXIe siècle a besoin d'un vaste mouvement pour lutter contre le fléau de l'esclavage, affirme M. John Miller, qui est à la tête des services du département d'État chargé de la lutte contre la traite des êtres humains. M. Miller est en effet depuis quatre ans le directeur du Bureau de surveillance et de lutte contre la traite des personnes et conseiller principal sur ce dossier auprès de la secrétaire d'État, Mme Condoleezza Rice. Conscient de la gravité de la situation, le gouvernement Bush a fait des États-Unis le premier pays à se doter d'unambassadeur itinérant spécialement chargé de ce dossier.

Selon les statistiques du département d'État, quelque 800.000 hommes, femmes et enfants sont passés en fraude dans divers pays chaque année. La plupart deviennent ensuite les victimes de l'industrie du sexe, alors que d'autres deviennent de véritables esclaves dans des usines, des exploitations agricoles ou encore chez des particuliers comme domestiques.
« Le XIXe siècle a connu un mouvement abolitionniste qui visait à mettre fin à l'esclavage orchestré par l'État et fondé sur la race », a déclaré M. Miller lors d'un entretien accordé à l'USINFO. Les grands abolitionnistes de l'histoire, a-t-il ajouté, notamment William Wilberforce en Angleterre et Frederick Douglass et Harriet Beecher Stowe aux États-Unis, ont été complètement dévoués à leur cause, mais ont mis des décennies à obtenir des
résultats.

Mettre fin à l'esclavage de l'ère moderne sera également une lutte de longue haleine, a-t-il dit. « Il n'y a pas de solution magique, mais nous commençons à prendre de l'élan. »

La recherche de solutions efficaces

S'agissant des meilleurs moyens de lutter contre l'esclavage des temps modernes, M. Miller a déclaré : « Il y a certains grands principes fondamentaux. La plupart des programmes ont en effet trait au respect de la loi, à la poursuite des trafiquants, à la protection des victimes ou à la prévention, qui, dans une large mesure, est liée à l'information. Mais il n'y a pas de programmes spécifiques. Nous sommes encore en train d'apprendre.

« Nous apprenons par exemple comment former les policiers et les juges. Nous avons plus progressé dans ce domaine que dans d'autres, notamment celui de la réinsertion sociale des victimes. On supposait qu'il fallait toujours ramener les victimes dans leur village. Mais parfois les villages ne veulent pas d'elles pour des raisons culturelles. Alors où peuvent-elles aller ? Nous devons apprendre à faire face à ce genre de situation. »

De nombreux Etats cherchent cependant les meilleurs moyens de réinsérer les victimes de l'esclavage dans leur pays d'origine, a expliqué M. Miller. Au Cambodge, par exemple, une organisation non gouvernementale (ONG) crée des entreprises spécifiques pour les victimes. L'Indonésie, grâce à l'aide de l'Organisation internationale des migrations, offre des vaches et des outils aux victimes de l'esclavage ; l'Inde a instauré un programme de franchises laitières. La Corée du Sud a lancé un programme qui encourage les entreprises dirigées par des femmes à employer d'anciennes victimes de l'esclavage, programme dont on pourrait s'inspirer aux États-Unis.

Les gens ont besoin d'être informés, a souligné M. Miller, afin de ne pas tomber dans le piège de l'esclavage. « Nous sommes en train de mesurer l'efficacité des programmes d'information. » Il a notamment cité une étude
portant sur deux villages pauvres en Indonésie. Ces deux villages ne sont éloignés l'un de l'autre que de quelques kilomètres. Pourtant, l'un compte de nombreuses victimes de la traite des personnes, l'autre aucune. Pourquoi ? « C'est ce que nous devons trouver », a-t-il dit.

Le gouvernement des États-Unis, a-t-il précisé, consacre des millions de dollars à la poursuite judiciaire des trafiquants et à des programmes de prévention et de protection dans le monde entier. « Il nous reste cependant
encore beaucoup à apprendre sur les meilleures façons de procéder. »

Les progrès réalisés

Les États-Unis, a-t-il expliqué, ont créé une vaste coalition contre la traite des personnes qui comprend des groupes religieux, des associations féminines et des personnes de tous horizons politiques.

Un outil important lorsqu'il s'agit d'attirer l'attention du public est le rapport annuel du département d'État sur la traite des personnes. M. Miller a indiqué que lorsqu'il avait assumé ses fonctions actuelles, ce rapport faisait 70 pages et relatait quelques centaines de condamnations de trafiquants dans le monde. Le rapport de 2006 compte presque 300 pages, examine le comportement de 149 pays et relate quelque 4.700 condamnations de trafiquants dans le monde. (Les États-Unis évaluent leur propre comportement dans la lutte contre ce fléau dans un rapport annuel intitulé « Assessment of U.S. Government Activities to Combat Trafficking in Persons » (Evaluation des activités du gouvernement des États-Unis pour lutter contre la traite des personnes.)

Il y a quelques années, a-t-il fait remarquer, très peu de pays étaient dotés de lois contre la traite des personnes. Or, au cours des deux dernières années, 80 pays en ont adoptées. « Cela signifie qu'aujourd'hui, une majorité des pays du monde ont promulgué des lois contre la traite des personnes. C'est un signe encourageant. »

L'augmentation de la couverture médiatique contribue également aux progrès de la lutte contre la traite des personnes. L'esclavage moderne est désormais un thème courant dans les films, les émissions télévisées et les
livres. « Grâce à cette prise de conscience de l'opinion publique, la coalition prend de l'ampleur. Les particuliers s'adressent à leur gouvernement, à leur église, à leurs associations et à leurs autorités policières afin de les sensibiliser au problème. »

M. Miller quittera le département d'État le 15 décembre, mais cela ne mettra pas fin à son engagement en faveur de la lutte contre la traite des êtres humains. Le premier cours qu'il donnera en sa nouvelle qualité de professeur à l'université George Washington aura pour thème les formes modernes d'esclavage et la politique étrangère des États-Unis.

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