Avertir le modérateur

17/01/2007

La paix ne se plante pas.

La paix ne se plante pas, alors que la guerre se sème

Comme quoi on se plante toujours lorsque l’on parle de paix.

Proposé par martingrall


Déclaration liminaire de la secrétaire d'État des États-Unis, Mme
Condoleezza Rice, devant la Commission des affaires étrangères du Sénat

Le 11 janvier 2007
Washington

medium_thumb96_2006_0804_rice1_250333.2.jpg



Mme Rice : Je vous remercie. Alors que je me présente devant vous
aujourd'hui, l'Amérique fait face à un moment crucial, en fait, comme l'a
noté le président [de la Commission], un moment pivot par rapport à notre
politique en Irak et, sur un plan plus large, au Moyen-Orient. Nous savons
tous, je pense, que les enjeux en Irak sont immenses et que les
conséquences d'un échec le seraient aussi, pas seulement pour l'Amérique et
l'Irak, mais aussi pour toute la région du Moyen-Orient et, en fait, pour
le monde entier. Nous convenons donc de l'immensité des défis en Irak. Et
comme le président l'a dit hier soir, les Américains sont largement
d'accord sur ce point et nous, j'entends le gouvernement Bush, considérons
avec eux que la situation en Irak est inacceptable. Nous sommes unis sur
ces deux points : l'immensité des enjeux et l'inacceptabilité de la
situation actuelle.

Le président a donc élaboré une nouvelle stratégie qui tient compte à la
fois de nos enjeux en Irak et de la nécessité de modifier notre façon de
faire les choses. Les Irakiens ont conçu une stratégie dont ils pensent
qu'elle leur permettra de résoudre leur problème le plus urgent, celui du
rétablissement de la sécurité à Bagdad. Nous appuierons cette stratégie par
l'augmentation des effectifs des troupes américaines. Je crois que le
ministre de la défense exposera la question en détail à sa commission.

Je tiens également à souligner ici que nous ne percevons pas cela comme une
opération uniquement militaire, mais aussi comme un effort qui doit
comporter de très solides composantes politiques et économiques. Afin
d'obtenir de meilleurs résultats en matière de gouvernance et d'économie,
les États-Unis poursuivent la décentralisation et la diversification de
leur présence civile, et c'est là un point sur lequel je m'arrêterai un
certain temps pour le traiter plus en détail.

Nous renforçons l'intégration de nos opérations civiles et militaires et,
comme l'a noté le sénateur Lugar, il est extrêmement important de
considérer l'Irak dans son contexte régional et je souhaiterais parler un
peu de la stratégie régionale que nous entendons appliquer pour appuyer les
réformateurs et les dirigeants responsables en Irak et dans tout le
Moyen-Orient. Je serai très claire. Nous comprenons tous que la
responsabilité de déterminer quel type de pays l'Irak deviendra incombe aux
Irakiens. Ce sont eux qui peuvent décider si l'Irak deviendra ou non un
Irak pour tous les Irakiens, un Irak unifié, ou s'ils permettront aux
passions sectaires de laisser passer cette possibilité d'unification de
l'Irak.

Nous savons qu'historiquement, l'Irak repose sur les lignes de faille
religieuses et ethniques de la région. Et de multiples manières, les
récents événements de Bagdad, depuis près d'un an, montrent bien que Bagdad
est devenu le centre de ce combat. L'attentat de la mosquée de Samara a
provoqué des flambées confessionnelles qui se succèdent à une cadence qui
menace d'engloutir le processus de réconciliation fragile mais prometteur,
processus qui a produit des élections réussies, une nouvelle constitution
et un accord substantiel, au point où nous en sommes aujourd'hui, sur une
loi conçue pour partager équitablement les richesses pétrolières de l'Irak,
ainsi qu'un engagement en faveur d'une approche plus raisonnable de la
débaassification et d'élections provinciales. Les Irakiens doivent relever
ce défi essentiel, face aux menaces qui pèse sur le processus de
réconciliation nationale, qu'est la protection de la population des
criminels et des extrémistes violents qui tuent au nom de griefs d'origine
religieuse.

Le président a dit clairement hier soir que le but de l'augmentation de nos
effectifs était d'appuyer les Irakiens en vue de leur permettre de rétablir
l'ordre et la civilité dans leur capitale. Il a également noté qu'il y
avait aussi des éléments importants, stratégiques, économiques et
politiques, qui devaient être au rendez-vous pour que l'approche «
sécurisation, maintien de l'ordre et construction » soit opérante. Et je
tiens donc à vous assurer qu'au département d'État, nous sommes conscients
de l'importance d'un accroissement de nos éléments civils et de nos efforts
civils autant que de l'accroissement envisagé du côté militaire.

Il s'agit ici d'une politique globale. L'Irak a un gouvernement fédéral.
Nous devons permettre aux civils de sortir de notre ambassade, de la zone
verte, pour les déployer sur le terrain dans tout le pays. Nous avons
assisté, au cours des 18 mois écoulés, à la création d'équipes de
reconstruction provinciales qui opèrent hors de Bagdad, équipes dont il
faut comprendre l'importance dans la perspective suivante. Il est
extrêmement important qu'un gouvernement efficace et opérant soit en place
à Bagdad et nous ouvrons avec les Irakiens à mettre en place les
ministères, les processus budgétaires et l'assistance technique dont ils
ont besoin pour avoir un gouvernement qui fonctionne.

Mais il est d'une importance égale qu'il y ait des administrations locales
et provinciales capables de fonctionner et de servir la population. Et cela
nous donne d'ailleurs de multiples éléments favorables à la réussite ; pas
seulement le gouvernement de Bagdad, mais aussi les gens avec lesquels nous
travaillons dans les provinces. Je noterai ici que nous pensons que cette
démarche a un effet dans des endroits comme Mossoul, dans des endroits
comme Tal Afar. Mais elle a un très bon effet aussi dans les endroits les
plus difficiles. Et l'une des autres composantes de la politique annoncée
par le président hier soir est le déploiement prévu de 4.000 soldats
américains supplémentaires dans la province d'Anbar, épicentre de
l'activité d'Al-Qaïda.

Cela est dû, en partie, au fait que, selon nous, les efforts que nous
déployons auprès des dirigeants locaux, en particulier auprès des cheikhs
d'Anbar, commencent à porter leurs fruits. C'est ainsi, par exemple, qu'ils
ont recruté dans leurs propres rangs 1.100 jeunes hommes qui ont été
envoyés en stage de formation en Jordanie. Et ces fils d'Anbar, comme ils
les appellent, reviendront pour contribuer à la lutte contre Al-Qaïda. Donc
je tiens à le souligner, nous sommes résolument axés sur la nécessité de
rétablir le contrôle à Bagdad, mais nous sommes aussi résolument axés sur
la nécessité de renforcer les capacités des administrations locales et
provinciales et d'être en mesure de leur fournir une assistance économique
et une aide à la reconstruction.

Permettez-moi enfin de parler un peu de notre stratégie diplomatique
régionale. À l'évidence, l'Irak occupe actuellement une place centrale dans
les efforts de l'Amérique au Moyen-Orient, centrale pour notre crédibilité,
centrale pour les perspectives de stabilité, centrale pour le rôle que nos
amis et alliés et que les voisins de l'Irak joueront au Moyen-Orient. Mais
nous devons fonder notre stratégie régionale sur les réalités du
Moyen-Orient qui ont considérablement évolué, d'un Moyen-Orient très
différent, d'un Moyen-Orient où il y a réellement un nouvel alignement de
forces.

Il y a d'un côté les réformateurs et les dirigeants responsables qui
s'attachent à progresser pacifiquement, politiquement et diplomatiquement
dans le sens de leurs intérêts. Et il y a de l'autre côté des extrémistes
de toutes les sectes et de toutes les ethnies qui recourent à la violence
pour semer le chaos, pour saper l'autorité des pouvoirs publics
démocratiques et pour imposer un ordre du jour de haine et d'intolérance.
D'un côté de la ligne de partage se trouvent les pays du Golfe, notamment
l'Arabie saoudite et les autres pays du Golfe, l'Égypte, la Jordanie, les
jeunes démocraties que sont le Liban, les Territoires palestiniens dirigés
par Mahmoud Abbas et l'Irak, et de l'autre côté de cette ligne de partage,
l'Iran, la Syrie et le Hezbollah et le Hamas. Et nous devons comprendre, je
crois, qu'il y a là un clivage fondamental. L'Iran et la Syrie ont fait
leur choix et ce choix est de déstabiliser, pas de stabiliser.

Et donc, avec tout le respect dû à ceux qui parlent d'engagement avec la
Syrie et l'Iran, je crois que nous devons reconnaître que si l'Iran et la
Syrie veulent jouer un rôle stabilisateur dans leur propre intérêt, ils le
feront. En revanche, s'ils entendent proposer de jouer un rôle
stabilisateur parce qu'ils croient que dans la situation où nous nous
trouvons en Irak nous sommes disposés à en payer le prix, ce n'est pas de
la diplomatie mais de l'extorsion. Et je me contenterai de vous demander
quel serait ce prix.

J'ai peine à croire que l'Iran nous parlera d'une part de la stabilisation
de l'Irak et nous dira, oh, à propos, nous ne parlerons pas de ce que vous
faites au Conseil de sécurité pour arrêter notre programme nucléaire : cela
ne fait pas partie du prix. Ou que la Syrie parlera de stabiliser l'Irak
tout en continuant de le déstabiliser et dira, oh, cela ne nous intéresse
pas de parler du fait que nous ne sommes pas..., que nous n'avons pas
accepté la perte de notre influence au Liban ou l'existence d'un tribunal
pour juger les auteurs de l'assassinat de Rafik Hariri. Il y aura très
certainement un double jeu convergent : les activités de déstabilisation en
Irak et le désir de ces États de nous faire payer un prix que nous ne
pouvons pas payer.

Nous avons effectivement une approche régionale. Elle consiste à ouvrer
avec les régimes qui partagent nos vues sur l'évolution souhaitable du
Moyen-Orient. Elle consiste aussi à ouvrer avec ces régimes de manière à ce
que cela puisse appuyer la nouvelle démocratie irakienne. Elle consiste à
appuyer la diplomatie tout à fait normale que l'Irak pourra engager avec
tous ses voisins et à conclure un pacte international qui sera une entente
entre la communauté internationale et l'Irak pour fournir des appuis aux
réformes irakiennes, réformes économiques et, effectivement, certaines
réformes politiques. Dans cette entente irakienne, la Syrie et l'Iran ont
tous deux été présents et ils continueront de l'être.

Je conclurai simplement en disant que nous comprenons tous, dans le
gouvernement Bush, qu'il n'y a pas de formule magique pour l'Irak, comme
l'a noté la commission Baker-Hamilton. Je tiens à ce que vous compreniez
que moi aussi, personnellement, je comprends et je sais le scepticisme qui
l'on conçoit à l'égard de l'Irak et, en fait, le pessimisme de certains. Je
tiens à ce que vous sachiez que je comprends et que je ressens la profonde
douleur des Américains devant le sacrifice des leurs qui se poursuit, vies
d'hommes et de femmes à jamais irremplaçables pour leur famille, ainsi que
les préoccupations de nos concitoyens, hommes et femmes, qui sont encore
exposés aux dangers, les membres de nos forces en uniforme ainsi que les
civils qui se trouvent aussi sur la ligne de front, diplomates civils et
personnel civil en poste dans des endroits tels que la province d'Anbar et
Mossoul.

Cela dit, je sais aussi avec quel soin le président Bush et toute l'équipe
de sécurité nationale ont examiné les options qui se présentent à nous, et
je tiens à ce que vous compreniez que nous avons réellement examiné ces
options. Le président a fait appel à des conseillers extérieurs ; il a
demandé conseil au groupe d'étude Baker-Hamilton ; et bien sûr, il a
examiné la politique avec ses conseillers, comme moi, qui sont là depuis le
début et à qui incombe la responsabilité des succès et des échecs de cette
politique, ainsi qu'avec de nouveaux conseillers, tels que le ministre de
la défense, M. Gates, qui apporte des perspectives nouvelles.

Après tout ce processus, il est arrivé à la conclusion, à laquelle je
souscris entièrement, que la tâche la plus urgente était à présent pour
nous d'aider le gouvernement irakien, et je tiens à souligner « d'aider le
gouvernement irakien » à rétablir la confiance et à assurer la population
irakienne qu'il protègera, et qu'il est capable de le faire, tous ses
citoyens, qu'ils soient sunnites, chiites, kurdes ou autres, et qu'il
châtiera de manière équitable les auteurs de violences qui tuent des
Irakiens innocents, quelle que soit leur secte, leur appartenance ethnique
ou leur affiliation politique.

Nous croyons que le gouvernement irakien, qui n'a pas toujours été
efficace, a toutes les raisons maintenant de comprendre les conséquences de
l'inefficacité. Ce sont, après tout, les Irakiens qui sont venus nous
trouver et qui nous ont dit qu'il fallait résoudre ce problème. Ils sont
venus nous trouver et ils nous ont dit qu'ils prendraient les décisions
nécessaires pour éviter les ingérences politiques dans les opérations
militaires nécessaires pour faire face au problème de Bagdad. Ils sont
venus nous trouver et ils nous ont dit que leur gouvernement ne pourrait
pas survivre s'il ne pouvait pas rétablir l'ordre civil. Et ils ont donné
l'assurance au président, et pas seulement le premier ministre Maliki mais
aussi de nombreux dirigeants, qu'ils allaient faire cette fois des choix
difficiles pour que les choses se fassent.

La situation en Irak est inacceptable, mais l'Irak est aussi, dans la
conjoncture actuelle, un enjeu majeur pour notre nation. Il se manifeste,
dans cette conjoncture, un désir national et un impératif national de ne
pas échouer en Irak. Nous avons dans le passé, en tant que pays, fait face
à des épreuves décisives et nous les avons surmontées quand nous les avons
affrontées ensemble. Je tiens à vous assurer, comme le président l'a fait
hier soir, de notre volonté de collaborer avec tous les Américains, ici
tout particulièrement au Congrès avec les représentants du peuple
américain, pour appliquer une stratégie qui nous permettra de réussir en
Irak. C'est une stratégie dont le président estime qu'elle est la meilleure
que nous puissions mettre en ouvre, et je vous demande de l'examiner
soigneusement et de nous faire part de vos idées sur les améliorations à y
apporter. Je n'ignore certes pas qu'elle ne réunira pas les suffrages de
tous, mais je crois que nous sommes unis dans notre désir de voir
l'Amérique réussir. Je vous remercie.

(Fin de la transcription)

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu