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06/07/2008

L'Ethiopie dispose de sa protection industrielle

Les producteurs éthiopiens de café tirent profit des appellations d'origine.

L'Éthiopie commence ce qu'elle espère être une sortie progressive de la pauvreté grâce à la protection de la propriété intellectuelle.

Le directeur général de l'Office éthiopien de la propriété intellectuelle, M. Getachew Mingistie, a déclaré à ce propos : « Je suis convaincu que tout pays, qu'il soit riche ou pauvre, est en mesure d'avoir des biens protégés par le droit de la propriété intellectuelle. Dans de nombreux pays, les gens estiment que la propriété intellectuelle n'est que dans l'intérêt des États-Unis, de l'Europe et du Japon. C'est là une fausse idée. Le droit de la propriété intellectuelle peut servir les besoins de pays comme l'Éthiopie si on l'applique bien. »

La protection de la propriété intellectuelle, a-t-il fait remarquer, a joué un grand rôle dans le développement économique des États-Unis, et l'Éthiopie tient à en tirer parti elle aussi.

Suivant les conseils d'une association sans but lucratif de Washington spécialisée dans la propriété intellectuelle, Light Years IP, M. Mingistie a agi en vue d'obtenir au niveau international la protection de l'appellation d'origine de trois variétés de café éthiopien : Harar, Sidamo et Yirga Cheffe. Ce faisant, il a dû surmonter l'opposition de l'Association nationale du café des États-Unis qui tentait de l'empêcher de déposer une demande à cet effet auprès de l'Office des brevets et des marques de fabrique des États-Unis, ainsi que celle de la société Starbucks, le plus grand distributeur de café du monde, qui est maintenant un grand partisan des appellations d'origine éthiopiennes et qui en est titulaire de licences.

À l'heure actuelle, l'appellation d'origine des cafés Harar, Sidamo et Yirga Cheffe est protégée dans 29 pays en tant que marque déposée. L'Éthiopie choisit les grands distributeurs de son café et fixe les conditions de vente. Elle n'exige aucune redevance pour les licences de distribution du café, mais en échange elle demande aux distributeurs de commercialiser chaque variété de café sous son appellation d'origine.

Expliquant pourquoi l'Éthiopie n'exigeait pas de licences, M. Mengistie a dit que son pays ne cherchait pas à obtenir immédiatement des recettes, mais plutôt à augmenter la demande mondiale pour ses variétés de café, ce qui devrait à l'avenir être plus fructueux. Dans le cadre de cette stratégie, a-t-il dit, l'Éthiopie établit des partenariats étroits avec les importateurs de café, les distributeurs et les torréfacteurs afin de faire connaître au nombre croissant de fins connaisseurs de café les propriétés distinctives de ses excellentes variétés de café.

« En ouvrant de concert avec les sociétés étrangères de torréfaction et de distribution du café, nous tentons de créer une situation où tout le monde est gagnant. Autrefois, un producteur vendait son café sans savoir ce qu'il allait en advenir. Il en était de même pour les exportateurs. De leur côté, les buveurs de café à l'étranger ne savaient pas d'où venait leur café et encore moins que la culture du café dans le monde avait pour origine l'Éthiopie », a dit M. Mengistie. À l'heure actuelle, l'Éthiopie participe à des réunions internationales de producteurs de café, de distributeurs et d'agences de publicité et en organisent aussi en vue de renforcer ses partenariats.

« Nous soulignons que les partenariats établis avec des sociétés étrangères sont très importants pour des pays comme le nôtre si l'on veut tirer parti du droit de la propriété intellectuelle aux fins du développement. »

Bien qu'il soit prématuré de tirer des conclusions définitives, on observe cependant que la protection de l'appellation d'origine des variétés de café éthiopien contribue à améliorer les conditions de vie des 15 millions d'Éthiopiens qui dépendent du secteur caféier, ce secteur représentant 60 % des recettes du pays.

« Avant que l'Éthiopie décide d'avoir recours au droit de la propriété intellectuelle, a déclaré M. Mengistie, les producteurs gagnaient si peu que certains d'entre eux ont été obligés d'abattre leurs caféiers pour planter des arbustes de qat, qui permettent d'obtenir une substance hallucinogène. Si cette situation s'était maintenue, elle aurait eu des effets désastreux pour l'Éthiopie et pour le reste du monde. »

Le directeur de l'association Light Years IP, M. Ron Layton, a indiqué que, avant la protection de l'appellation d'origine des variétés de café éthiopien, la livre de café éthiopien ne rapportait qu'environ 0,25 dollar de plus que le cours du café ordinaire. Ce cours est descendu jusqu'à 0,37 dollar la livre à un certain moment, ce qui a eu des effets dévastateurs sur les producteurs et les exportateurs. À l'heure actuelle, le cours du café ordinaire se situe autour de 1,30 dollar la livre, et les variétés de café éthiopien qui sont protégées rapportent environ le double.

Avant la protection des appellations d'origine, les recettes d'exportation des producteurs éthiopiens figuraient parmi les plus faibles du monde dans la catégorie des produits agricoles en dépit de la très grande qualité de leur café, a indiqué M. Layton.

Au cours de l'année écoulée, le prix du café éthiopien de qualité a doublé et n'est plus fixé en fonction des cours du café ordinaire. Lors de sa visite d'exploitations productrices du café Yirga Cheffe, M. Layton a été surpris par le grand nombre de logements en construction et d'enfants scolarisés ainsi que par l'augmentation du nombre de bicyclettes et d'animaux. Il s'agit là, a-t-il dit, de signes d'une amélioration de la situation économique de la population.

« Il se peut, a-t-il déclaré, qu'il faille encore douze mois pour que le pouvoir de négociation de l'Éthiopie stabilise durablement le prix de ses cafés de qualité. Il s'agit de rendre ce prix indépendant des cours du café ordinaire et de le maintenir à un niveau élevé durablement, ce qui entraînera un accroissement des investissements visant à améliorer la qualité et à augmenter la production. Cela permettra aux familles d'envoyer leurs enfants à l'école et à l'université. Les coopératives agricoles disposeront ainsi des moyens financiers nécessaires pour construire des écoles, des centres médicaux et des réseaux d'alimentation en eau. »


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