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09/07/2008

La démocratie et son contraire dépendent davantage du marché que des urnes.

La démocratie et son contraire dépendent davantage du marché que des urnes.

Déjà, le principal démocrate en lice pour l’élection présidentielle américaine parle plus de consommateurs que de citoyens.

Et pour nous européens, l’Europe centrale est un pivot de ce changement.

Les historiens d'aujourd'hui sont tentés de réécrire l'histoire des transitions postcommunistes d'Europe centrale et orientale pour la présenter comme l'irrésistible attraction s'exerçant entre la démocratie et le capitalisme. Mais il y a 20 ans, nombreux étaient ceux qui craignaient un scénario catastrophe.

Selon Ivan Krastev, président du Centre for Liberal Strategies de Sofia (Bulgarie), on craignait que l'Europe centrale embrasse la démocratie et rejette l'économie de marché. On constate à présent qu'elle a accepté le libre marché, mais que la démocratie la satisfait de moins en moins.

Si les politologues avaient tendance à convenir que la démocratie et le capitalisme étaient des partenaires tout naturels et que le libre marché et la concurrence se renforçaient mutuellement dans le long terme, on craignait que les réformes politiques et économiques nécessaires pour transformer les sociétés de l'Europe orientale ne se bloquent les unes les autres.

Comment pouvait-on donner aux gens le pouvoir de faire ce qu'ils voulaient et s'attendre ensuite à ce qu'ils choisissent des politiques qui mèneraient initialement à une hausse des prix, à un accroissement du chômage et à un creusement des inégalités sociales ? Tel était le dilemme des transitions postcommunistes.

Selon le sociologue allemand Claus Offe, « l'économie de marché ne peut démarrer que dans un contexte pré-démocratique ». Et le politologue polonais renommé et militant de Solidarnosc, Jadwiga Staniskis, était convaincu que « tant que les fondations économiques d'une authentique société civile font défaut, la mobilisation massive de la population n'est possible que sur des axes nationalistes ou fondamentalistes ».

L'Europe centrale paraissait condamnée à choisir entre le socialisme de marché et le capitalisme autoritaire. Heureusement cependant, ce qui ne marche pas en théorie fonctionne parfois fort bien dans la pratique.

L'Europe centrale et orientale a réussi la transition qui l'a menée simultanément à l'économie de marché et à la démocratie, succès rendu possible par un amalgame magique d'idées, d'émotions, de conjonctures et de dirigeants.

Acceptation des changements économiques

L'héritage du communisme a été l'allié naturel des réformateurs dans la transformation des sociétés d'Europe centrale. Les gens se sont montrés patients et ont adopté les réformes parce qu'ils étaient impatients de rompre avec le communisme. Le début des années 1990 a été une époque surréaliste où l'on a vu les syndicats du travail prôner la contraction de l'emploi et où les anciens partis communistes étaient déterminés à privatiser l'économie.

La colère dirigée contre le capitalisme n'était pas accompagnée d'un parti ni même d'un langage politique capable de mobiliser les perdants de la transition. Le communisme avait érodé la capacité des classes sociales d'agir collectivement. Toute critique du marché était attribuée à une nostalgie du communisme. Les contre-élites anticommunistes, en raison de leur idéologie, et les élites ex-communistes, en raison de leurs intérêts, étaient toutes deux favorables aux changements économiques.

L'aspiration populaire à un « retour dans l'Europe », renforcée par l'attraction qu'exerçaient l'Union européenne et l'OTAN (Organisation du traité de l'Atlantique nord), a permis aux société de concilier les instincts de redistribution de la démocratie et la nécessité d'adopter une vision à long terme et de faire preuve de patience en tant que conditions préalables de la réussite économique. Les choses se sont passées différemment selon les pays, mais l'intégration euro-atlantique a assuré la poursuite des réformes économiques et protégé des retours de flamme politiques.

Le succès des transitions postcommunistes a amené une nouvelle génération de politologues à réévaluer la probabilité d'une émergence simultanée de la démocratie et du capitalisme. Ce qui avait été perçu comme un coup de chance historique a alors été érigé au rang de loi naturelle. Démocratie et capitalisme n'étaient plus considérés comme un heureux ménage, mais comme des jumeaux identiques.

Scepticisme envers la démocratie

On a alors voulu ignorer les tensions entre la démocratie et le capitalisme. Mais il suffit de regarder l'expérience de pays tels que la Russie, la Chine ou le Vénézuéla pour douter de la tendance naturelle du capitalisme à mener à la démocratie et de la tendance naturelle de la démocratie à soutenir le capitalisme.

L'expérience de l'Europe centrale doit également, dans une certaine mesure, être repensée. Un an après l'adhésion des nouvelles démocraties de la région à l'Union européenne, on a assisté à une montée du populisme et du nationalisme avec tous les remous que cela comporte. Le mécontentement à l'égard de la démocratie augmente et, d'après le sondage mondial Voice of the People 2006, contrairement à toutes les attentes, l'Europe centrale est la région du monde où les gens se montrent les plus sceptiques quant aux mérites de la démocratie.

Dans toute la région, le public se méfie des politiciens et des partis politiques. La classe politique est perçue comme corrompue et égoïste. La transition qui a été une réussite retentissante pour l'Europe centrale a aussi abouti à une rapide stratification sociale, dont beaucoup souffrent actuellement alors qu'en bénéficient quelques heureux privilégiés.

De nombreuses vies ont été détruites et de nombreux espoirs trahis au cours du processus de transition. Le fait que les principaux gagnants de la transition aient été les gens éduqués et les membres de l'ancien régime bénéficiant de relations n'a pas contribué à rendre l'évolution acceptable. Les démocraties postcommunistes sont aujourd'hui perçues comme le triomphe non pas de l'égalitarisme, mais de l'anti-égalitarisme des élites communistes d'une part et des élites anticommunistes d'autre part.

Les contraintes extérieures imposées à l'accession des pays à l'Union européenne ont été essentielles pour assurer le succès des réformes, mais elles ont contribué à ancrer l'idée qu'ils étaient des démocraties sans choix réels.

Il y a 20 ans, les théoriciens craignaient que les jeunes démocraties ne prennent pas goût au capitalisme. Ce que nous constatons à présent, c'est que la plupart des populations d'Europe centrale font davantage confiance aux forces du marché qu'aux urnes.

Les impressions et jugements exprimés dans le présent article ne coïncident pas nécessairement avec les miens. Quoique.

La liberté de penser est le seul moteur de l’économie.

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